Étude de cas : Les site d’information “Rue 89”
1/ Présentation – objectifs
Le site ‘Rue 89′ est un site d’information participatif basé sur les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), ainsi qu’une forte volonté d’indépendance.
Le nom “Rue 89” est basé sur deux éléments: le premier, la ‘rue’, aurait été choisi en référence à ce lieu populaire de rencontre, de discussion et de mixité sociale.
Le nombre 89 quant à lui a un profond sens de liberté. D’après le site lui-même:
”“89″ pour évoquer la révolution, celle de l’Internet et de l’information. Certains d’entre nous pensent que c’est un beau chiffre dans lequel chacun peut mettre ce qu’il veut: la liberté (référence à la Révolution française), les “murs qui tombent” (Berlin) ou l’invention du Web (1989).“
Le but de ce site est de fournir une plateforme d’information sérieuse, réactive et équilibrée entre les intervenants. L’indépendance vis-à-vis des grands groupes de médias est aussi revendiquée, afin de continuer à fournir une information objective, d’alimenter les débats et poser des questions délicates.
2/ Modèle de participation.
Ce site est basé sur l’étroite collaboration de trois cercles :
Premièrement, la rédaction : c’est le cœur organisationnel du site. Elle est composée de journalistes d’expérience et de jeunes reporters. Elle est en charge de l’organisation du site, de la majeure partie de sa production et d’évaluer l’intérêt des articles soumis par les contributeurs.
Elle assure aussi le rôle de modération lorsque des commentaires hors de propos (publicité, hors sujets) ou insultant (incitation à la haine) apparaissent.
Le second cercle est composé de spécialistes, “passionnés et témoins” amenant des regards experts sur de larges domaines, tels l’actualité politique, économique ou technologique.
Le troisième cercle est composé des internautes, participant à la vie du site. Après une inscription ne nécessitant pas de données confidentielles, ils ont la possibilité de s’exprimer par divers moyens (commentaires, articles, vidéos…) détaillés dans la partie suivante.
Les articles proposés sont soumis à l’approbation de la la rédaction. Leur parution est validée en fonction de leur intérêt, pertinence et qualité.
3/ Fonctionnalités
“Rue 89” offre plusieurs moyens d’expression .
Le premier (et le plus accessible) est la possibilité de commenter les articles publiés et de noter la pertinence des commentaires des autres contributeurs. Chaque utilisateur enregistré peut exprimer sa pensée sur n’importe quel article et alimenter un débat.
De plus, chaque utilisateur assure un rôle dans la modération des commentaires abusifs via la fonctionnalité de signalement, assez classique dans les forums de discussions.
Ensuite viennent les articles. Chaque utilisateur peut spontanément suggérer des idées à la rédaction ou soumettre des propositions d’articles.
D’autres média sont supportés, tel que les documents vidéos, audio ou même le référencement de blogs sur le site.
4/ Modèle économique
D’après leur F.A.Q (Frequently Asked Question), le modèle économique de ‘Rue 89′ est basé sur celui des radios.
Le site étant entièrement gratuit, il s’agit pour lui de générer des recettes publicitaires via un annonceur publicitaire (ici Google, via Adsense), modèle classique dans la rémunération des sites web.
Cela nécessite donc le maintien en continu d’une dynamique, générant un gros trafic sur le site (600 000 personnes par mois).
Par son modèle d’information, ‘Rue 89′ s’est constitué l’audience fidèle nécessaire à son fonctionnement.
En complément viennent la vente de ‘goodies‘ (T-shirts et tasses portant le logo) et la vente de contenus (textes,articles).
‘Rue 89′ peut aussi, avec l’autorisation explicite du membre (une case de confirmation à cocher dans le profil), envoyer du contenu promotionnel. Le site touche alors une rémunération par adresse mail fournie au publicitaire.
De plus, les compétences des webmasters de l’équipe sont aussi mises à profit dans des développements de sites web.
Le capital de ‘Rue 89‘ est détenu majoritairement par les fondateurs du site (51,3 %) ou des groupes proches du site (“Les habitants de Rue 89” et “Les amis de rue 89” totalisent 23,6 % du capital).
En juin, des fonds privés de journalistes ainsi que de la société Hi-Media ont été levés, totalisant 1,1 Millions d’euros mais ne représentent qu’un quart du capital.
5/ Critique
Cette plateforme met à profit les principes d’échanges du Web 2.0, tant au niveau technologique que communautaire.
Elle met à disposition les mecanismes modernes de propagation de l’information, comme la syndication via les flux RSS, une newsletter, la possibilté de réagir en vidéo, et récemment, une page sur le site Netvibes ainsi que leur propre widget, concentrant les dernières actualités.
Les contributeurs sont essentiels à la vie du site. Le principe de réaction directe face à une information ou un témoignage apporte une proximité de l’information avec l’internaute. Le lecteur ayant un avis contraire pourra s’exprimer directement auprès de l’auteur et des milliers d’utilisateurs, chose impossible avec les médias traditionnels (tv, journaux, radio).
L’indépendance financière de “Rue 89”, basée sur les modes de rémunérations classiques du web, assure pour l’instant une marge de manoeuvre large et une liberté d’expression appuyée.
En revanche, “Rue 89”, comme d’autre sites d’information en ligne, peut subir les maux du journalisme de notre époque.
L’apport de l’information en quasi temps réel peut avoir comme effet de ne pas traiter l’information avec le recul qu’elle mériterait, ne pas effectuer assez de vérifications sur la véracité de certains faits, indispensables à un journalisme crédible et de qualité.
De par sa présence sur internet et sa gratuité totale, ‘Rue89′ subit la pollution visuelle de la publicité, gérée ici par le géant Google.
Cela étant dit, des efforts sont fait dans la mise en page afin de séparer distinctement les espaces publicitaires du contenu informatif. L’indépendance de la ligne éditoriale est elle aussi préservée, l’annonceur rémunérateur n’ayant aucun droit de regard sur celle-ci.
6/ Comparaison avec le site d’information Médiapart
Médiapart suit la même idée générale de site participatif. Alors que ‘Rue 89′ propose des inscriptions gratuites, le financement de Médiapart passe majoritairement par un abonnement payant des contributeurs, plutôt proche du modèle des journaux papier.
Comme ‘Rue 89′, les journalistes fondateurs détiennent la majorité des parts du site (60% pour Médiapart, 51,3% pour Rue 89), assurant déjà une liberté d’expression non soumise aux hypothétiques pressions et censures.
Le principe d’abonnement de Médiapart assure quant à lui une meilleure indépendance financière. L’absence totale de publicité ciblée est elle aussi un plus.
Cependant, à l’heure du web 2.0, ce modèle pose un frein à l’accès à l’information: la lecture complète des articles du site est réservée au cercle fermé des abonnés (l’article détaillé sur son financement par exemple n’est pas en accès libre). De plus, la présence constante des offres d’abonnement lors de l’accès aux articles donne plus l’image d’une publicité pour le journal que d’un support informatif.
7/ Projet d’infrastructure
A partir des technologies vues en cours et existantes, il pourrait être intéressant de mettre en place un système de recoupement d’informations intégrant la localisation d’évènements.
Avec des technologies de web sémantique, le contenu de simples articles pourrait être analysé automatiquement dans le but de recouper les notions de temps et de lieux, mais aussi par sujet général, personnes ou entreprises citées, auteur, média de parution (site ou blog, journal, chaîne tv…)
L’utilité serait de fournir au lecteur, à partir d’une information de base, un arbre de relations de données (dans le style du site “youtube”, permettant d’accéder aux vidéos liés par tags ou par auteur).
Des applications centraliseraient et recouperaient alors ces informations et le lecteur pourrait, à partir d’un article, trouver tous ceux du même auteur, diffusés sur des média différents, mais aussi trouver tous les articles concernant un sujet, un lieu, une date ou bien de croiser tous ces critères.
Au niveau des rédacteurs, la simple mise en ligne sur une plateforme dédiée à ce but serait suffisante pour mettre à disposition un article ou une vidéo au monde entier.
Ce système permettrait à quiconque, journalistes professionnels de consulter mais aussi d’enrichir cet arbre d’informations, de manière très simple.
Évidement, il faudrait mettre en place un système d’alerte concernant la confiance que l’on peut accorder à un article. Ceux venant de personnes morales (journaux, journaux en ligne, blogs de journalistes) seraient explicitement identifiés à la manière de l’encyclopédie Wikipédia : un message apparaitrais afin de différencier les informations dont les sources peuvent être jugées « de confiance » des simples blogs de particuliers.
Une des limites de ce système, comme dans tout autre système d’informations centralisées, résiderais cependant dans la droiture des personnes ayant le contrôle dessus. La connaissance étant le pouvoir, il n’est pas hors de propos qu’à partir d’un tel système des dérives reposant sur la censure puissent voire le jour.